Speed dating pour créateurs

Speed dating pour créateurs

Texte publié dans le journal étudiant de l’Université de Montréal, Quartier Libre, volume 17, numéro 5, 21 octobre 2009, page 16.

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Soirée Pecha Kucha à la SAT
Speed dating pour créateurs

Fini le temps des conférenciers soporifiques qui présentent pendant 30 minutes leur projet à l’aide de PowerPoint. Vingt diapos, 6 minutes 40 secondes et une idée à partager. Pecha Kucha, ça roule!

La salle semi-circulaire de la Société des arts technologiques (SAT) est ornée de trois écrans blancs. Sur le devant de la scène est installé un micro. Dans quelques instants, les participants parleront, pendant 6 minutes 40 secondes, de leur projet, terminé ou en voie de l’être. Leurs seuls supports consistent en 20 diapositives PowerPoint et 20 secondes de discours par image.

«L’objectif des soirées Pecha Kucha, c’est de briser les barrières entre les disciplines», explique Nicolas Marier, coorganisateur. «On pense qu’il y a des vases communicants. C’est un lieu de partage d’idées pour que la communauté créatrice de Montréal tisse des liens.»

L’architecte londonien Mark Dytham a créé le concept en 2003, à Tokyo. Afin de faire la promotion de son lieu de diffusion, il en a fait une tribune pour les designers, avec la contrainte des diapos et du temps. L’idée a fait son chemin: près de 250 villes à travers le monde organisent maintenant de telles soirées. Montréal en présente une tous les deux mois depuis 2007.

«Il y a un côté un peu bordélique, mais c’est un chaos organisé», reconnaît l’architecte Nicolas Marier, affairé à gérer l’arrivée des participants. Quelques minutes plus tard, environ 600 personnes s’entassent dans la salle, dans un brouhaha continu. Pecha Kucha, issu du japonais, signifie «le bruit de la conversation». L’évènement porte très bien son nom.

Au menu de cette 13e édition: urbaniste, artiste, concepteur de jeux vidéo, éditeur et projectionniste. À tour de rôle, ils montent sur scène. Devant l’écran, les conférenciers veulent convaincre. Si certains sont à l’aise, d’autres ont plus de mal à faire comprendre leur concept.

Nicolas Marier considère son bénévolat au sein de cet organisme à but non lucratif comme sa «soupe populaire». «On est une équipe derrière le projet. Mais le vrai spectacle commence quand les participants partagent leurs idées. L’unité, c’est vraiment la créativité. C’est éclaté, ce qui fait qu’on ne rentre dans aucune case», dit-il.

Twitter, Facebook et Pecha Kucha

André H. Caron, professeur à l’UdeM et titulaire de la Chaire Bell en recherche interdisciplinaire sur les technologies émergentes (CITE), ne connaissait pas le concept. «À première vue, ça me fait penser à du speed dating. Le risque, c’est que le contenu reste superficiel. C’est donc important de cibler les participants, à travers des thématiques, pour qu’il y ait une unité.»

Pecha Kucha, une version devant public de Twitter ou de Facebook? Pour Michel Dumais, journaliste et observateur en nouvelles technologies, «C’est dans cette mouvance; il faut faire court et vite, aller droit au but. Le cadre est fixé et ça doit rouler. C’est un merveilleux concept et un bon prétexte pour que les gens se rencontrent.» Étienne Coutu peut en témoigner. Cet architecte, diplômé de l’UdeM, a présenté en 2008 sa vision du réaménagement de la rue Notre-Dame, dans l’est de Montréal. «L’expérience m’a forcé à être concis afin de sensibiliser le public à ce qui se fait en terme de design urbain, domaine qui est peu connu.» Selon Nicolas Marier, Pecha Kucha demande plus que de la concision de la part des orateurs: «Dans notre société, on n’ose pas parler pendant qu’on développe une idée, de peur de se la faire voler. Alors que là, c’est la libre circulation.»

Patrick Meirim de Barros, un autre membre de l’équipe de Pecha Kucha Montréal, constate qu’«on sort toujours stimulé et parfois émerveillé par les sujets présentés». Le tout se termine par des rencontres autour d’un verre, où les conversations se poursuivent et les idées continuent de circuler. Après le rythme effréné des présentations, c’est bien mérité.

Prochaine soirée Pecha Kucha: mercredi 18 novembre à 19 h 40 à la SAT.

ENCADRÉ
Quand les élus municipaux rencontrent les créateurs

En septembre 2008, une soirée Pecha Kucha spéciale était organisée avec 14 élus municipaux montréalais qui ont présenté leur vision du territoire aux créateurs. Que faire avec une tour d’eau à Ste-Anne-de-Bellevue? Comment préserver le secteur industriel de l’est de Lachine dans les projets résidentiels? Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a présenté cinq shuko («idées», en japonais). Il a proposé aux designers de mettre à profit leur créativité autour de cinq thèmes: réaménager le Champ-de-Mars, repenser la façade du Palais de justice, revoir les abribus, trouver un élément visuel d’identification des taxis et créer un mobilier festivalier temporaire pour le Quartier des spectacles. Un an plus tard et à quelques jours du vote, deux concours ont été lancés, deux autres le seront prochainement et le dernier est en cours d’élaboration.

http://www.realisonsmontreal.com/fr/projet/39