Les 3 R-V : cycle vertueux ? Constat de la situation au Québec

Les 3 R-V : cycle vertueux ? Constat de la situation au Québec

Texte publié dans le bulletin du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, Simpli-Cité, vol. 8, no 2, été 2007, pages 10 et 11.

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Les 3 R-V: cycle vertueux? Constat de la situation au Québec

«Réduire – réutiliser – recycler – valoriser». Ce slogan vert se conjugue, au Québec, sous différentes formes. Initiatives des gouvernements, des entreprises, de groupes et d’individus, quelles sont-elles? Et, plus que tout, font-elles avancer la cause et permettent-elles de rétablir l’équilibre entre l’être humain et son environnement?

Tout d’abord, triste constat: d’après Statistiques Canada[1], le Québec est la province qui produit le plus de déchets domestiques au pays: 466 kg par habitant par année. De plus, l’empreinte écologique canadienne[2] est de 7,6 hectares par habitant[3]. Si tous les humains de la Terre consommaient comme nous, il nous faudrait plusieurs planètes! Un partage équitable des superficies disponibles serait de 1,8 hectares par habitant.  7,6 à 1,8: la marche est haute! À la vue de ces chiffres, réduire devrait être notre leitmotiv. Mais que fait-on réellement et concrètement dans ce sens?

Les sacs réutilisables: un tissu de bonnes initiatives!

Il n’y a pas si longtemps, il n’était pas rare de se retrouver à la caisse, d’avoir à peine le temps de payer ses achats que tous nos produits étaient déjà emballés dans des sacs en plastique par un commis zélé! Mais, de plus en plus, des sacs réutilisables sont maintenant disponibles aux abords des caisses de plusieurs magasins. Parfois, certains vendeurs vous demandent si vous avez réellement besoin d’un sac en plastique. Ou bien un écriteau vous remercie de ce geste posé pour la planète en privilégiant ces sacs en tissu! Les uns font même payer les sacs jetables tandis que d’autres remboursent 5 sous par sac plastique non utilisé.

Les sacs sous toutes formes (en tissu, à dos, en rotin, que l’on glisse facilement dans une poche ou que l’on accroche à sa ceinture) sont disponibles et fleurissent dans les marchés et les commerces[4]. Des compagnies québécoises s’y mettent et la créativité déborde: utilisation de chutes de tissus, de vieux vêtements, de contenants de jus et même d’oriflammes en vinyle récupérées de la Ville de Montréal!

Puisque les politiciens sont là pour prendre le pouls de la population, on remarquera que le député de Lac-St-Jean, Stéphan Tremblay, a proposé en 2005 une loi[5] interdisant la distribution de sacs de plastique non biodégradables. C’est un pas vers la bonne direction, mais l’utilisation des sacs dégradables (biodégradables, oxo-biodégradables ou compostables) n’est pas la panacée[6]. À quand l’interdiction pur et simple de ces déchets que représentent les sacs jetables?

Êtes-vous emballés par le contenant?

Notre premier geste posé, nous nous retrouvons ensuite face à un défi de taille: le suremballage. La tâche est colossale, les fabricants multipliant les formes et les tailles des contenants dans une perspective marketing à peine dissimulée! Pour nous aider, une Semaine sans emballages[7] a été lancée fin janvier de cette année. Des solutions existent mais les entreprises prennent peu d’initiatives. Qui trouve facilement des produits alimentaires dans des contenants en verre réutilisables et idéalement consignés? Combien d’épiceries acceptent que vous apportiez vos propres contenants? Quelle place est faite au vrac?

Du bon usage du recyclage

Plongeons-nous maintenant dans notre bac vert! À ce sujet, les municipalités font beaucoup d’efforts, dont Victoriaville qui fait office de précurseure[8]. Recyc-Québec fournit sur son site Internet[9] de l’information pertinente pour aider les citoyens à savoir ce qui est recyclable ou non selon leurs régions.

Mais il reste encore beaucoup à faire : le taux de récupération total des matières résiduelles n’est que de 49%, ce qui est loin de l’objectif de 65% contenu dans la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008[10].

De plus, il y a toujours ce dechetus non grata: le polystyrène numéro 6, utilisé dans les assiettes et ustensiles jetables, dans certaines tasses ou comme contenants à légumes, fruits ou viandes. En effet, le styromousse est bien recyclable mais aucune structure n’est disponible pour cela dans notre belle province[11]. Un tel site existe en Ontario mais cela coûterait trop cher en transport.

Pour certains, le bac vert est source de saletés. L’arrondissement Ville-Marie à Montréal a donc  décidé dernièrement d’opter pour un projet de… sacs en plastique transparents pour le recyclage! Faisant partie des cobayes montréalais, je constate que l’on banalise ainsi le recyclage: il n’y a plus de sensibilisation au tri car tout se met pêle-mêle dans le sac! Peut-être que certaines personnes, ne voyant plus la différence, vont retourner au sac à vidanges. Au niveau de l’esthétisme, on repassera car une rue remplie de ces gros sacs de 75 litres n’inspire pas la beauté! Et puis, il faut bien produire ces sacs, contrairement au bac vert qui, lui, sert… toute la vie!

Québec, terreau de jardiniers!

Le compostage est un point important des 3 R-V. Cela concerne tous nos détritus comestibles et permet de les transformer en terreau pour nos fleurs et légumes! Si vous êtes un patenteux, vous pouvez construire vous-même votre composteur domestique[12]. Sachez qu’il existe aussi des composteurs déjà montés[13].

Vous préférez la compagnie des Eisenia fœetida (vers rouge à fumier) pour faire du vermicompostage? Il est facile de faire soi-même son bac à compost[14]. Et puis, on peut aussi s’entraider! Alors sachez qu’il existe des lieux pour s’échanger des vers[15]; étant donné qu’ils se reproduisent, on en a toujours à donner à qui veut se lancer dans cette aventure!

Le compostage communautaire, quant à lui, est de plus en plus populaire: c’est une alternative intéressante pour ceux et celles qui n’ont pas accès à un jardin pour le compostage domestique ni envie d’élever des vers dans leur cuisine avec le vermicompostage. Rien qu’à Montréal, on en retrouve près d’une dizaine[16]. Des municipalités récompensent même leurs citoyens en offrant du compostage gratuit provenant des feuilles automnales[17].

Des initiatives originales voient aussi le jour comme ces jeunes de Québec qui viennent chercher à vélo les matières organiques de 400 résidents à leur domicile pour faire du compost[18]!

Des images à recycler…

Certaines entreprises ont décidé de prendre le virage vert, quitte à «changer d’environnementalité» comme le fait Cascades[19]. Ce qui n’est pas le cas d’autres fabricants, comme Kimberly-Clark (propriétaire entre autres de la marque Kleenex) directement visé par une campagne de Greenpeace[20]. L’organisation environnementale a d’ailleurs publié un Guide des produits en papier[21].

Donner – recevoir – rendre

On ne peut passer sous silence tout ce monde du réemploi qui prend de l’expansion dans notre société d’abondance. Des bottins sont disponibles pour les grands centres urbains[22]. L’économie de seconde-main a cet avantage de fournir à moindre coût des produits usagés encore utilisables ; attention cependant de ne pas tomber dans l’excès en collectionnant les bébelles!

Et puis donner sans recevoir est une solution intéressante. Les réseaux Freecycle[23] offrent ce système d’échanges d’objets: vous demandez ou vous offrez gratuitement!

Et si on allait plus loin?

Toutes ces initiatives sont intéressantes. Il y a cependant des voies à explorer qui sont dans le droit chemin de la simplicité volontaire et qui mettent l’emphase sur la RÉDUCTION:
– interdire les sacs en plastique;
– obliger chaque quartier à avoir son dépotoir dans son centre plutôt que d’user du syndrome «pas dans ma cour»;
– donner pignon sur rue aux valorisateurs et réparateurs d’objets afin de contrer l’obsolescence technologique planifiée qui rend nos appareils désuets après quelques années car nous sommes incapables de les réparer ou de les faire réparer.


[1] http://www.telequebec.tv/sites/vert/archives/testmaison_fr.asp?testID=18&url=listeChroniquesEpisode_fr.asp%3FepisodeID%3D19

[2] L’empreinte écologique est la superficie géographique nécessaire pour subvenir aux besoins d’une population et absorber ses déchets

[3] «Living planet report 2006», World Wildlife Fund:  http://www.panda.org/news_facts/publications/living_planet_report/index.cfm

[4] Le site Ethiquette.ca répertorie plusieurs compagnies qui produisent et vendent des sacs réutilisables: http://www.ethiquette.ca

[5] http://www.assnat.qc.ca/FRA/37legislature2/Projets-loi/Publics/05-f390.htm

[6] Voir le dossier dans Bio-bulle, n°73, novembre/décembre 2006

[7] http://www.sansemballage.org/

[8] Voir l’article de Guylaine Martin «Champions de la récupération» dans le Bulletin Simpli-Cité, vol. 7, n°2, printemps 2006

[9] http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/client/fr/gerer/maison/recherche.asp

[10] «Bilan 2004 de la gestion des matières résiduelles: la réglementation est de mise pour améliorer la récupération», Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, 19 septembre 2006: http://www.fcqged.org/pdf/com_19-09-06.pdf

[11] http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/client/fr/gerer/maison/detail.asp?id=126

[12] «Autoconstruction d’un composteur domestique», Groupe de simplicité volontaire de Québec (GSVQ): http://www.gsvq.org/documents/Autoconstruction_composteur_domestique.pdf

[13] Voir sur le site du GSVQ, section Objets écologiques: http://www.gsvq.org

[14] Un forum pour poser des questions (http://www.verslaterre.fr/phpBB2/) et un site pour le fabriquer (http://nimasadi.kiosq.info/article.php3?id_article=37&var_recherche=vermicompost)

[15] À Montréal, contacter votre éco-quartier pour plus d’information: http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=916,1607185&_dad=portal&_schema=PORTAL

[16] Contacter votre éco-quartier pour plus d’information: http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=916,1607185&_dad=portal&_schema=PORTAL

[17] C’est le cas à Montréal du Complexe environnemental Saint-Michel, deux fois par année: http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=916,1607265&_dad=portal&_schema=PORTAL

[18] Centre Jacques-Cartier: http://www.viaagro.fsaa.ulaval.ca/fileadmin/fichiers/fichiersVIAAGRO/pdf/Agriculture_urbaine.pdf

[19] http://www.cascadesenviro.com/

[20] http://kleercut.net/fr/

[21] http://papiers.greenpeace.ca/

[22] À Montréal: http://www.guidedureemploi.com/
À Québec: http://www.pgmr.info/pages/repertoires/recherche.php

[23] Il existe au Québec plusieurs réseaux (à Montréal, Québec, Gatineau, Sherbrooke, etc.): http://www.freecycle.org/groups/canada/#Quebec