Prospective territoriale ou Comment vivre les valeurs de la simplicité volontaire à l’échelle du territoire

Prospective territoriale ou Comment vivre les valeurs de la simplicité volontaire à l’échelle du territoire

Texte publié dans le bulletin du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, Simpli-Cité, vol. 8, no 1, printemps 2007, pages 3 et 4.

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Prospective territoriale ou Comment vivre les valeurs de la simplicité volontaire à l’échelle du territoire

Ce texte est inspiré des propos de Serge Latouche, économiste français partisan de la décroissance[1] et auteur de plusieurs ouvrages[2] et articles[3] sur l’économie.

Au-delà du découpage territoriale actuelle (ville, banlieue, village, campagne) et de la simplicité volontaire comme acte individuel, peut-on penser à une réorganisation sociale et spatiale à l’aide de mesures collectives? Explorons ensemble une piste de solutions et de transformations.

Le Québec semble en crise. Que cela soit dans les régions (difficultés des industries porcine et forestière) ou en ville (smog urbain et prépondérance de l’individualisme), la mondialisation et l’avénement de la croissance économique infinie comme objectif ultime engendre son lot de maux (d’un point de vue social et environnemental).

La simplicité volontaire prône «moins de biens, plus de liens». Autrement dit, diminuons notre consommation matérielle et favorisons davantage les relations interpersonnelles. Mais comment pourrait fonctionner une telle société, qui miserait plus sur la convivialité que sur la productivité et la rentabilité? Explorons les dimensions économique et politique.

Économie locale

La mondialisation a entraîné une redéfinition complète de la structure et des fonctions des territoires. Il est devenu courant et tristement évident qu’une multinationale ait son siège social en Suisse, ses usines de production dans les pays d’Asie du Sud-Est (où la main d’oeuvre est abondante et très «bon marché») et ses  distributeurs un peu partout au Nord pour atteindre la population riche occidentale. L’une des conséquences est la délocalisation des usines ici, entraînant chômage et tension, et l’exploitation des travailleurs et des ressources premières au Sud. Ajoutons à cela la pollution qu’engendre le transport des marchandises devenu inévitable (par exemple du coton des États-Unis envoyé en Asie pour être ensuite transformé en chemise et vendue au Québec).

Alors que les idées doivent dépasser les limites frontalières, les échanges de capitaux et de biens devraient être limités au maximum, favorisant par ce fait même l’économie locale. Ainsi, les besoins nécessaires (alimentation, vêtements, construction, énergie, etc.) seraient comblés avec les ressources régionales, tant matérielle, financière qu’humaine. Ce nouveau territoire devrait être assez grand pour nous satisfaire mais assez petit afin de faire naître un sentiment d’appartenance et permettre l’implication de chacun. L’autonomie serait mise de l’avant, par le partage (troc, transmission du savoir, mise en commun de biens) et la prise en charge, tant individuelle que collective. Les services seraient aussi assurés par la communauté.

Toutes ces «localités» seraient réseautées entre elles, formant ainsi des zones plus grandes et pouvant s’échanger ce qui est non-disponible localement. La finesse de ce système dépendra de la capacité à distinguer les biens non-nécessaires et non-locaux à ceux indispensables mais éloignés. Et ainsi naîtra une fédération de « cantons », unis au niveau national. Cela nous amène à la dimension politique.

Politique locale

La tendance actuelle est au désintéressement du politique. Les élections démontrent un taux d’abstention alarmant. Le politicien «élu» représente-t-il encore ses citoyens quand seulement 60% des électeurs se prévalent de leur droit?

Pour faciliter l’implication citoyenne, une approche locale et concertée devrait être adoptée. Tous les intervenants sociaux (le citoyen, l’employé, l’employeur, le politicien) devraient se rencontrer et décider ensemble de la bonne utilisation des ressources locales pour le bien de tous: la main d’oeuvre et ses conditions, l’utilisation judicieuse des ressources naturelles, la capacité d’absorption des déchets par la nature, la qualité de vie et la santé des habitants, etc.

Ces acteurs formant ensemble la société, il serait pertinent de les intégrer définitivement dans le processus décisionnel. Les outils démocratiques actuels et locaux sont plutôt limités : assister et poser des questions lors des réunions du conseil municipal, faire entendre son point de vue auprès du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement dont les recommandations finales ne sont que consultatives, etc.

Cette transformation démocratique, misant sur la participation directe, peut amener d’autres changements structurels et profonds: gestion des entreprises sous forme coopérative, diminution du temps de travail pour permettre le temps partiel pour tous, accès à des biens et services partagés par la communauté au dépend de la possession matérielle individuelle, etc. Mais ces changements n’ont qu’une finalité heureuse: le bien-être des individus dans le respect de l’environnement.

Par contre, il serait bien imprudent de glisser et de tomber dans un système axé sur l’autarcie complète. Le repli sur soi n’est pas à encourager ni à valoriser. Il faut plutôt croire en la mise en commun des compétences, des savois, des aptitudes de tous.

Sommes-nous prêts à opérer dans ce sens? La situation actuelle, prétextant l’urgence d’agir, nous amènera-t-elle vers cette voie ? Et vous, qu’en pensez-vous?


[1] Le concept de la décroissance économique consiste à redéfinir la place de l’économie dans notre société (un moyen au service de l’humain et non une fin en soi) en valorisant la convivialité. Il s’agit aussi de cesser de croire que la croissance économique infinie est possible ni même souhaitable sur une planète aux ressources et limites finies. Pour plus d’informations, visitez le site de l’Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenable: www.decroissance.org

[2] «Décoloniser l’imaginaire: la pensée créative contre l’économie de l’absurde», Éditions Parangon, 2003; «Le pari de la décroissance», Éditions Fayard, 2006

[3] «Pour une renaissance du local», L’Écologiste, n°15, avril 2005; «Vivre localement», Journal La Décroissance, n°28., Septembre 2005