Le mythe de l’automobile réduit à quelques kilomètres à l’heure

Le mythe de l’automobile réduit à quelques kilomètres à l’heure

Texte publié dans le bulletin du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, Simpli-Cité, vol. 5, no 1, hiver 2004, page 8.

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Le mythe de l’automobile réduit à quelques kilomètres à l’heure

Ivan Illich, sociologue des années 1970, a passé une grande partie de sa vie à réfléchir sur le rapport que les êtres humains entretiennent avec l’énergie qu’ils consomment. Il cherchait à savoir s’il pouvait y avoir équité tout en ayant consommation d’énergie.

L’auteur démontre qu’il faut faire un usage rationnel de la technique. Passé un certain seuil d’énergie consommée, il en découle des conséquences néfastes, que ce soit d’un point de vue social (l’équité, la perte de temps) ou bien environnemental.

Calcul de la vitesse moyenne en automobile

Avez-vous une idée de la vitesse moyenne réelle d’une automobile? 50 km/h? 80 km/h? Illich en a fait le calcul en se basant sur des statistiques américaines. Une vitesse, qui s’exprime en km/h, c’est le rapport entre une distance (en kilomètres) et un temps (en heures). La distance en moyenne parcourue par un automobiliste en une année est de 10 000 km.

Pour le calcul du temps, l’auteur n’a pas seulement pris le temps que l’automobiliste passe à l’intérieur de son outil de locomotion mais il a tenu compte aussi du temps passé à s’en occuper: aller à la station d’essence, nettoyer son auto, faire des réparations. À cela s’ajoute le temps qu’il faut travailler pour son auto, c’est-à-dire pour l’acheter, pour payer les assurances, pour payer l’essence. Finalement, c’est bien d’un temps global qu’il est question. Le résultat de ce calcul donne 1 500 heures par année, soit 4 heures par jour pour se servir de son auto, s’en occuper et «travailler» pour elle. (En passant, de cette étude est ressorti un fait intéressant: l’automobiliste passe 80 % de son temps sur la route pour des trajets routiniers entre sa maison, son travail et son épicerie. Nous sommes loin du rêve où l’auto nous transporte de l’autre côté de la Terre.)

Maintenant que nous avons la distance et le temps, nous pouvons calculer la vitesse moyenne: 10 000 km/ 1 500 h = 6,5 km/h!

Eh oui, en moyenne, un automobiliste fait donc du 6,5 km/h. En comparaison, la vitesse à pied est de 3 km/h et en vélo, cela peut monter à 20 km/h.

Cette vitesse correspond à de l’énergie consommée. Et quand Illich parle de l’incompatibilité entre croissance énergétique, croissance industrielle et équité, il tient à souligner que plus la vitesse pour se transporter (à pied, à vélo, en auto, en train, en avion) augmente, plus le fossé se creuse dans la population, entre la minorité des gens qui peuvent se permettre de voyager loin et longtemps et la majorité qui reste cantonnée à des trajets monotones.

Ses propos sont d’actualité et imaginons les conséquences au niveau planétaire lorsque tout être humain revendiquera le droit d’avoir une automobile pour se sentir «libre». Il est grand temps de repenser notre rapport à l’énergie!

ILLICH, Ivan: Énergie et équité, Éditions Du Seuil, Paris, 1975