Tuvalu: Insulaires cherchent terre ferme

Tuvalu: Insulaires cherchent terre ferme

Texte publié dans le journal des étudiants aux Certificats en journalisme et en rédaction de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, Le Reporter, volume 10, numéro 4, mai 2009, page 3.

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Tuvalu: insulaires cherchent terre ferme

Au milieu de l’océan Pacifique, l’archipel de Tuvalu risque d’être rayé de la carte du monde d’ici 2050. La cause serait l’élévation du niveau de la mer due aux changements climatiques, selon des experts environnementaux. Ces habitants vont devenir les nouveaux exilés du 21e siècle: les écoréfugiés.

Tuvalu est composé d’atolls, eux-mêmes composés d’îles. Ces anneaux d’une superficie totale de 26 km2, deux fois le centre-ville de Montréal, forment le plus petit État du monde après le Vatican. La moitié des 11 000 habitants vivent dans la capitale Funafuti, sur l’île de Fongafale.

Mais l’archipel, au nord-est de l’Australie, est loin d’être paradisiaque, contrairement à l’image qu’on s’en fait. Lors des grandes marées annuelles, la plage disparaît. L’eau atteint les champs et les portes d’entrée des maisons. La route principale est en partie inondée. «Dans quelques années, on sera obligé de vivre dans les arbres», explique un des habitants, dans le documentaire de Matthias Heeder et Milka Pavlicevic, La température grimpe.

À trois mètres de l’apatridie
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit, dans son rapport de 2007, une augmentation du niveau moyen des océans. L’avenir des Tuvaluans paraît donc bien sombre, car le point le plus haut de cet archipel de neuf îles ne culmine qu’à trois mètres au-dessus du niveau de la mer. De plus, les coraux sont une barrière naturelle contre l’érosion des côtes, mais la présence accrue de CO2 dans l’océan fait mourir ces récifs protecteurs, et le pays manque de ressources financières pour construire des digues.

Par ailleurs, Tuvalu a connu une explosion démographique sans précédent. En 30 ans, la population de la capitale a été multipliée par sept. Avec 423 habitants au km2, c’est plus que l’Inde ou le Japon. La construction immobilière, qui s’ajoute aux infrastructures telles que l’aéroport, accélère l’affaissement de l’île principale.

Le GIEC estime à près de 250 millions le nombre de réfugiés climatiques mondiaux d’ici 2050. Si certains se déplacent à l’intérieur de leur pays ou vers les frontières terrestres voisines, la situation est différente pour les insulaires. «La disparition d’îles pourrait mener à l’apatridie, c’est-à-dire la perte des droits nationaux de ces personnes», rappelle Denise Otis, du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). «Notre mandat consiste à négocier avec les pays limitrophes pour qu’ils les acceptent comme citoyens.»

Et rares sont les pays qui, actuellement, ouvrent leur porte. La Nouvelle-Zélande accueille chaque année 75 Tuvaluans. Les conditions d’accueil sont cependant restrictives. Le demandeur doit avoir moins de 45 ans, être en bonne santé et avoir déjà trouvé un emploi à temps plein sur place. Paradoxalement, le plus gros émetteur au monde de gaz à effet de serre par habitant, l’Australie, a refusé, l’automne dernier, le visa à 12 000 résidents de Tuvalu. Pendant ce temps, l’eau gagne du terrain.

Encadrés

Tuvalu fait partie du Commonwealth, comme le Canada. En 2008, la population se prononce sur la question constitutionnelle: «Maintenir la monarchie parlementaire avec la reine Élisabeth II à titre de chef d’État ou mettre en place une République?» Avec un faible taux de participation de 20%, les Tuvaluans choisissent le statu quo à 65%.

Les noms de domaine Internet en .tv sont réservés aux compagnies de Tuvalu. Mais une société américaine a acheté au gouvernement cette extension pour 2 millions de dollars par an pendant 12 ans. Elle les revend à des entreprises qui naviguent dans l’audiovisuel. Cette somme est non négligeable pour l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un PIB de 20 millions de dollars.