Caillou, le monde est caillou

Caillou, le monde est caillou

Il s’agit d’une libre interprétation d’une œuvre du compositeur américain Christian Wolff.

Il y a presque 50 ans, ce musicien de l’avant-garde propose la pièce « Stones ». La partition est très simple : produire des sons avec des pierres, en les frottant, les frappant, entre elles ou sur d’autres surfaces. Le tout, sans rien casser.

Une carte postale sonore pour Radio Moniek et diffusée sur Radio Campus Bruxelles le 1er mai 2017.

Écoutez la pièce sonore:

À Port-en-Bessin, Normandie, France [49°20’57.7″N / 0°45’14.0″W]
Le jeudi 29 décembre 2016, entre 13h et 14h [UTC+1]
Nouvelle lune, coefficient de marée à 77, jusant.

À quelques jours de la Saint-Sylvestre, dans le pays du Bessin, la côte normande impose son climat rigoureux : quelques maigres degrés au-dessus du zéro glacial et un léger mais bien présent vent d’hiver.

Entouré de hautes falaises, le port de la commune lui vaut sa devise latine : res nostra mare. La mer est notre loi. L’eau dicte les préceptes sur la plage avoisinante, entre les pas hasardeux des marcheurs étonnés sur l’étendue échouée de coquilles Saint-Jacques abandonnées des pêcheurs, les mouvements impétueux accompagnés des cris démoniaques des mouettes affamées, le tout au rythme du ressac orchestré par la marée atlantique.

Ces hautes falaises, qui tombent brusquement sur la plage, sont constituées de marnes de Port, une roche sédimentaire, mélange de calcite et d’argile. Elles contemplent la Manche depuis quelque 167 millions d’années et reposent sur une couche de calcaire à spongiaires (présente depuis deux millions d’années plus tôt). À ses pieds, les coquilles ont trouvé refuge, face au flux et reflux incessant des marées. Le sable partage difficilement l’estran avec des bancs de galets et de pierres plates innombrables.

Cent ans plus tôt, les ménagères frottaient leur linge ici-même, grâce à une étonnante résurgence d’eau douce nichée dans des sources appelées droues. Aujourd’hui, cette pratique a disparu mais il y a cette pierre qui surgit, plus haute que les autres, ce pupitre invitant pour une interprétation côtière de Stones.

 

Cette version n’échappe donc pas à l’équation locale suivante :

f(x) = ? coef. de marée x ?pierres / (coquilles – mouettes)2

Prise de sons : enregistreur Zoom H5 avec son microphone stéréo intégré + microphone à condensateur Oktava MK-012.

Montage : Ardour 4.7.0 ; aucun effet rajouté, mais superposition de couches avec enveloppe de niveau et spacialisation sonore.

 

Une création de Doux comme un Lézard / Leslie Doumerc et Arthur Lacomme.

Doux comme un lézard, c’est un duo.
De sons. De radio. De rythme. D’ondes. De musicalité.