Les quotas à la radio n’aident pas les langues autochtones

Les quotas à la radio n’aident pas les langues autochtones

Article écrit pour le cours Atelier de presse écrite 1, du Certificat en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, à l’été 2008.

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Les quotas à la radio n’aident pas les langues autochtones

Le rapport autochtone Samian dénonce le fait que l’une de ses chansons, interprétée en français, en innu et en algonquin, ne tourne pas à la radio parce qu’elle ne peut être considérée comme «francophone». L’artiste a profité du Solstice des Nations, hier, à Montréal, pour faire part de son mécontentement.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) oblige les radios francophones à diffuser 65% de musique dans la langue de Molière. Cette règle a pour but de permettre la diffusion de la culture francophone au Québec et dans les autres provinces où réside une minorité francophone.

Le nouvel extrait de l’album du jeune Algonquin Samian s’intitule Les nomades. Un tiers de la chanson seulement est chanté en français, le reste en innu et en algonquin. Samian a appris hier que sa chanson peut être considérée comme francophone.

«On rentre dans la catégorie ‘musique du monde’, explique-t-il. C’est carrément ridicule parce que ce sont des langues autochtones, des langues du Québec. La seule place au monde où l’on parle et comprend ces langues, c’est ici.» L’artiste spécifie que les radios commerciales ont moins de chance de diffuser Les nomades dans les plages consacrées aux artistes internationaux que Madonna par exemple.

Pour remédier à la situation, lui et Biz, l’un des chanteurs du groupe de rap Loco Locass, aussi présent à l’événement, comptent agir avec Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, pour faire en sorte que les langues des Premières Nations soient considérées au même titre que le français pour les quotas radiophoniques. M. Duceppe a précisé que «le CRTC a les pouvoirs de modifier les règlements». Il a aussi rappelé l’importance de créer un organisme de contrôle québécois «qui prenne compte de la nation québécoise et de sa relation avec les autres nations qui habitent sur son territoire, comme les peuples autochtones.»

Les deux rappeurs songent aussi à mobiliser la population. «Il va falloir mettre la pression sur les radios pour dire qu’on veut entendre cette chanson, souhaite le chanteur des Loco Locass, qui a usé de cette méthode pour diffuser en 2005 son titre Libérez-nous des libéraux. Il y a ici un blocage idéologique ou législatif. C’est ça qu’il faut faire tomber.»

Biz souligne que «Samian trace la voie. C’est un pionnier qui défriche pour les suivants. Dans les réserves, des jeunes rédigent des textes de chansons et se disent: Je ne suis pas obligé d’écrire en anglais ou en français. Je peux me réapproprier la langue de mes ancêtres et l’inscrire dans l’immortalité en la gravant sur un disque.»

«L’algonquin est en train de se perdre, déplore l’artiste autochtone. Je fais du rap dans cette langue pour faire comprendre aux jeunes que cela fait partie de notre culture et qu’on est en train de la faire mourir. C’est un peu pour cela que je le fais. Et pour que nos aînés, qui ne parlent pas le français, puissent aussi nous comprendre.»