Actions autochtones face aux changements climatiques

Actions autochtones face aux changements climatiques

Article écrit pour le cours Atelier de presse écrite 1, du Certificat en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, à l’été 2008.

Nouvelles
Actions autochtones face aux changements climatiques

Les peuples autochtones établissent un lien très fort avec la Nature. Et les changements climatiques aggravent leurs conditions de vie. Voici le message des représentants des peuples autochtones présents au colloque d’Amnistie internationale Canada francophone. L’événement, rassemblant 300 personnes, a eu lieu hier au Collège de Rosemont à Montréal.

«Pour les Inuits, il n’y a aucune séparation entre l’environnement et les humains. Nous appartenons au même écosystème», a rappelé Paul Crowley, défenseur de l’environnement et des droits de l’homme. Et quand la planète est polluée, l’effet sur les êtres humains est immédiat. «Quatre cinquièmes des Inuits souffrent d’insécurité alimentaire», précise-t-il. «Il y a 20 ans, des polluants organiques persistants ont été retrouvés dans la région. Et des femmes inuits en avaient dans le corps les taux les plus élevés dans le monde. Mais aucune entreprise n’en produit ici. Des phénomènes physiques ont permis leur transport jusque dans le Grand Nord.» Et comme cette communauté se retrouve à la fin de la chaîne alimentaire, l’impact sur l’organisme est plus important.

Cet avocat demeure à Iqaluit, au Nunavut. Il a travaillé avec Mme Sheila Watt-Cloutier, une écologiste inuit qui a réussi à mobiliser la communauté internationale sur ce sujet pour règlementer à la baisse la concentration de certains produits chimiques nocifs. Puis, en 2005, elle dépose une plainte contre la Commission interaméricaine des droits de la personne pour protéger les droits des Inuits face aux conséquences des changements climatiques. Cette candidate pour le prix Nobel de la paix en 2007, finalement remporté par Al Gore, s’inquiète de la disparition possible de la chasse aux ourses polaires et aux morses, à cause du réchauffement planétaire, réel danger pour cette communauté. Et l’inaction des gouvernements fait dire à M. Crowley que, même s’il faut essuyer plusieurs échecs, «le pouvoir est dans le processus. On a encore un long bout à faire mais on change ainsi petit à petit le discours international: les droits des peuples autochtones sont maintenant mentionnés lors des rencontres internationales».

Pour Ivan Ignacio, leader aymara du Conseil andin des Premières Nations, «nous sommes déconnectés de la Nature. On a besoin de respecter la terre et toutes les créatures. Et pour guérir la planète de nos maux actuels, il faut faire une révolution, et pas juste des réformes.» Le représentant de cette communauté bolivienne souhaite que les Autochtones soient davantage écoutés. C’est d’ailleurs une prophétie de son peuple. «Depuis 1992, on est dans l’ère du pachakuti, qui symbolise une collaboration étroite entre les peuples pour préserver l’équilibre», dit-il. Visuellement, il s’agit de la rencontre de l’aigle, la culture nordaméricaine, et du condor, la spiritualité amérindienne, qui volent ensemble vers un même but: la protection de la Terre.

D’ailleurs, Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, est ravie qu’aujourd’hui «les gens se parlent et reconnaissent la situation des Autochtones». Le colloque, intitulé «Premiers habitants, derniers servis: la réalité autochtone en Amérique», se poursuit aujourd’hui avec l’Assemblée générale annuelle de l’organisme qui milite depuis plus de 45 ans pour le respect des droits humains.