Cachez cette cigarette que je ne saurais voir

Cachez cette cigarette que je ne saurais voir

Article écrit pour le cours Atelier de presse écrite 1, du Certificat en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, à l’été 2008.

Nouvelles
Cachez cette cigarette que je ne saurais voir

Depuis hier, les propriétaires de points de vente de tabac doivent se conformer à la nouvelle loi provinciale. Dorénavant, les cigarettes ne seront plus visibles, sous peine d’amende. C’est le branle-bas de combat pour disposer autrement les produits, mais pour certains, ce geste est inutile.

Monsieur Walta travaille au Dépanneur 7 jours, dans l’arrondissement Côte-des-Neiges, à Montréal. Perceuse en main, il s’apprête à poser une planche de bois sur son étagère remplie de paquets de cigarettes. «Nous le faisons nous-mêmes alors que ce n’est pas notre travail. Personne ne nous paye pour ces changements», réagit sa conjointe. Et les contraventions sont coûteuses: de 300 $ à 2000 $.

Une visite dans le quartier démontre que le magasin Couche-Tard, le dépanneur Petro-Canada et l’épicerie Métro ont plutôt choisi de ranger le produit tant décrié dans des tiroirs. Dans le commerce Au bon fruit, par contre, les paquets étaient toujours visibles derrière le comptoir.

Avec cette nouvelle loi, le gouvernement du Québec souhaite prévenir le tabagisme en offrant un environnement sans tabac, ce qui diminuerait la tentation d’en consommer. Les jeunes sont particulièrement visés: 15% de ceux du secondaire fument des cigarettes et 22% des cigarillos. Rappelons qu’il est interdit d’en vendre à un mineur.

Cependant, pour certains, ce geste ne changera rien à la situation. «C’est inutile, estime Élise, qui déteste la fumée. Personne n’est contre la vertu, mais je doute des résultats. Qui ne sait pas qu’on peut acheter des cigarettes dans un dépanneur? Un jeune qui veut commencer à fumer va en demander. Il sait bien ce qu’il y a derrière le petit panneau.»

Et qu’en pensent les adeptes de la nicotine? «Ça met égal que ces produits soient visibles ou non. Je n’ai pas besoin de les voir. Et je continuerai à en fumer», confirme la Torontoise Judith Rudd. «Pour les jeunes, par contre, c’est une excellente idée. En les voyant, ils sont plus tentés d’en acheter», dit-elle.

Pour Jacques-Michel, jeune adulte, «même si ça n’a pas un effet majeur, c’est une mesure parmi tant d’autres pour changer les habitudes de la société. Et c’est très efficace, on voit tellement moins de personnes fumer.» Entre le printemps 2006 et le printemps 2007, le taux de tabagisme a diminué, passant de 24 % à 18 % chez les Québécois de 15 ans et plus.

Cette initiative s’insère au Québec dans un cadre plus large. Depuis deux ans, il est interdit de fumer dans les bars et les restaurants. «C’est une bonne chose, croit Élise. Avant, je ne sortais pas juste parce que j’allais devoir ensuite me laver complètement les cheveux, imprégnés de l’odeur de cigarette.»