Quand la famille sème… les graines de la tolérance sexuelle

Quand la famille sème… les graines de la tolérance sexuelle

Article écrit pour le cours Atelier de presse écrite 1, du Certificat en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, à l’été 2008.

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Quand la famille sème… les graines de la tolérance sexuelle

«Si l’on veut parler de lutte à l’homophobie, il faut parler de son acceptation. Et la plus importante, c’est celle de la famille», a rappelé hier Robert Pilon, président du Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale gaies et lesbiennes de Montréal (GRIS-Montréal). Et la parole était donnée aux familles lors de la 6e Journée internationale de lutte contre l’homophobie, tenue hier dans plusieurs villes.

Au Parc Lafontaine, à Montréal, plusieurs familles participaient à un brunch pour l’occasion. Celle de Michèle Brousseau avait une belle histoire de tolérance à raconter. Mariés depuis 15 ans, parents de deux filles, Michèle et Alain décident de se séparer. D’un commun d’accord. «On savait très bien qu’on n’était pas un couple comme les autres», explique cette intervenante du GRIS-Montréal. Et pour cause: son conjoint est gai et elle, lesbienne.

Alain se souvient. «Je savais très jeune que je l’étais, mais j’ai décidé à l’adolescence d’avoir une blonde et des enfants pour entrer dans un moule. Ainsi, ce ne serait pas trop difficile et la vie serait moins dure, car dans les années 1970, il n’y avait pas beaucoup de modèle gai.» À 35 ans, il fait donc son coming out. Michèle le suivra quelques mois plus tard. «J’étais en questionnement depuis quelque temps sur moi-même et, plus tard, sur mon orientation sexuelle. Et j’ai rencontré Kathleen, qui a été l’élément déclencheur.»

Et puis il a bien fallu que le couple donne la raison de leur séparation à leur entourage. L’inquiétude première des parents? La réaction des enfants. «Cela aurait été difficile de vivre mon homosexualité si mes filles n’avaient pas accepté», dit Michèle. Mais au contraire, Laurence, la plus jeune, a vite compris. Même à neuf ans, son âge à l’époque. «Ma réaction a été: Papa, maman, ça ne se peut pas! J’étais étonnée. Mais je trouve mes parents exceptionnels et je suis fière d’être leur fille.»

Cependant, les histoires d’amour homosexuel ne se vivent pas toujours aussi facilement dans les familles. «Le coming out, c’est comme la première fois que quelqu’un meurt dans ta famille. Ça vient éclater ta bulle», raconte Martine Deslauriers, membre de L’Alternative, un groupe de l’Université de Montréal qui souhaite regrouper les allosexuels étudiants, soit les gais, lesbiennes, bisexuels et ceux en questionnement. Sa collègue Mariannick Archambault évoque son grand-père, qui a accepté son homosexualité mais avec qui elle ne peut pas en parler directement. «Même si ma blonde est invitée au repas et ma grand-mère me pose des questions auxquelles je réponds, mon grand-père intervient pour dire: C’est vraiment bon ce qu’on mange ce soir. Il me voit encore comme sa petite fille.»

Brigitte, qui vit en couple avec Rebecca, se rappelle. «Ça a été très long avec mes parents. Des années. Ils ne sont pas très à l’aise avec cela mais ils ont accepté.» Elles ont chacune porté leur enfant, maintenant en bas âge. De plus, institutrice au primaire, Brigitte a remarqué que l’intolérance pouvait apparaître très jeune. «Déjà, à 7 ans, les enfants sont capables de dire qu’ils ne voudraient pas jouer avec un enfant qui a des parents homosexuels. C’est malheureusement une majorité. On espère que ça va changer quand nos deux filles seront plus âgées.»

Le 17 mai a été choisi comme Journée internationale contre l’homophobie car ce jour-là, en 1991, l’Organisation mondiale de la santé a rayé l’homosexualité de sa liste des maladies mentales. Cette célébration est une initiative de la Fondation Émergence. L’organisme, qui fait la lutte aux préjugés face à l’homosexualité, a organisé la 1ère journée en 2003 au Québec. L’événement a pris par la suite une envergure internationale en 2007.