Prier la Madone de Czestochowa à Montréal

Prier la Madone de Czestochowa à Montréal

Article écrit pour le cours Atelier de presse écrite 2, du Certificat en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, à l’automne 2008.

Reportage
Prier la Madone de Czestochowa à Montréal

Depuis plus de 75 ans, la communauté polonaise de l’est de Montréal se retrouve à la messe dominicale de l’église Notre-Dame de Czestochowa. Ouvrons les portes pour l’observer.

Cinq personnes âgées, silencieuses, contemplent la statue en bronze de Jean-Paul II au fond du transept, n’hésitant pas à lui toucher les mains. Ce cadeau des paroissiens à l’église montréalaise Notre-Dame de Cz?stochowa symbolise l’attachement des Polonais à leur patrie et à leur religion.

Ils sont d’ailleurs nombreux, en ce dimanche matin, sur le parvis, au coin de la rue Hochelaga et l’avenue Gascon. En famille, ils discutent dans leur langue natale. Ce quartier est surtout composé de Québécois de souche, mais l’âme de la Madone de Czestochowa, ville polonaise et lieu de pèlerinage renommé, est bien présente. «Le secteur compte peu de Polonais, précise Père Peter, mais notre paroisse n’a pas de frontière et ils viennent de toute la ville pour assister à la messe.»

Une messe servie d’ailleurs dans la langue du compositeur Chopin. Le contraste est flagrant. Si l’alphabet polonais peut paraître rebutant avec ses ?, ?, ?, ?, ?, ó, ?, ? et ?, on se sent invité à s’asseoir sur les bancs. L’organiste réchauffe le lieu saint de sa voix enrobée et réconfortante. Les combinaisons de lettres, comme cz, dz, rz ou sz, qui feraient le bonheur des scrabbleurs, résonnent différemment à l’oral.

Le prêtre porte les couleurs de la nation, avec son aube blanche et son étole rouge et or. À travers les vitraux de morceaux de verre taillés de couleur verte et mauve, la lumière matinale illumine la nef. C’est jour de baptême et les enfants auront toute l’attention. De la jeune fille au lutrin qui ouvre la messe, jusqu’aux baptisés.

Cette ambiance de recueillement et de convivialité se prolonge aux deux arrêts de circonstance: Saucisses Polonaises Inc. et la pâtisserie-boulangerie Wawel, à 500 mètres de là. La file silencieuse y vient garnir la table du dîner avec de la charcuterie et des beignes aux abricots. En silence, coupé à l’occasion par un «dzie? dobry» de bienvenue ou un «do widzenia» à la sortie.

Les fidèles de Karol Wojty?a forment une diaspora discrète mais bien vivante à Montréal, pour l’observateur curieux prêt à dépasser la barrière linguistique.