Un quartier en transformation

Un quartier en transformation

Texte publié dans le journal local Les Actualités Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, édition du 31 mars 2010, page 5.

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Un quartier en transformation

En sortant du métro Namur, vous tombez nez à nez avec un flot de voitures qui empruntent les quatre voies du boulevard Décarie. En contreplongée, le bruit de l’autoroute 15 amplifie l’inhospitalité du secteur. En levant la tête, un centre commercial s’étend avec tous les services auxquels on peut s’attendre: restaurants, magasins de téléphone, boutiques de décoration et de vêtements. Au loin, l’hippodrome de Montréal, à l’abandon. Et derrière, le secteur Namur-Jean-Talon, en pleine revitalisation.

Le quartier est composé principalement de garages ou de magasins de location d’autos. La zone habitée se situe sur l’avenue Mountain Sights, à l’est du boulevard Décarie. Sur 300 mètres, une série d’immeubles de 3 à 4 étages, construits dans les années 1960, compose le coeur résidentiel du secteur, enclavé entre deux rues achalandées.

«Les automobilistes utilisent cette avenue comme voix de contournement», explique Liza Novak, directrice du Centre communautaire Mountain Sights. «On demande l’installation de lumière pour piétons, pour accroître la sécurité des résidants.» Une visite en heure de pointe confirme les dires de cette organisatrice communautaire, qui semble connaître la majorité des 1500 personnes.

Selon les statistiques de 2006, plus de 50% des résidants de Namur-Jean-Talon vivent sous le seuil de pauvreté. Les trois quarts sont des familles immigrantes ayant au moins deux enfants. La majorité provient d’Asie du Sud-est. Et 97% sont des locataires. «Même s’il y a de nouveaux arrivants chaque année, certains sont ici depuis 10 ans maintenant», rappelle Liza Novak. «Ils ont développé un sentiment d’appartenance au quartier.»

Le comité de résidants du Centre communautaire Mountain Sights en est le plus bel exemple. Un noyau d’une dizaine de personnes travaille à l’amélioration de la qualité de vie, à l’augmentation des services et à la mise en place d’activités familiales. C’est grâce à eux si la ligne d’autobus 92 Est a maintenant un arrêt sur l’avenue, évitant ainsi aux usagers du transport en commun un détour inutile et dangereux. Ils sont aussi responsables des diverses installations du parc de la Savane, derrière la rue résidentielle : terrain de basket-ball, jardin communautaire, pataugeoire, terrain de jeux pour enfants. Sans oublier le Pavillon de la Savane et ses trois salles, dont une réservée aux adolescents.

Et, quand l’arrondissement a mis en place son plan de revitalisation du quartier, les résidants ont déposé un mémoire à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), qui exprime leurs attentes. «L’administration de l’arrondissement a dû être impressionnée par leur implication, je crois qu’elle ne s’attendait pas à une telle mobilisation», fait remarquer, souriante, Liza Novak.

Avec les divers projets de condos en cours, le nombre de logements pourrait doubler, voire tripler, d’ici 10 ans. Quels impacts pour les résidants actuels, qui ont des revenus moins élevés que les nouveaux propriétaires? «Il faut éviter de créer un ghetto», pense Liza Novak. «Le secteur Namur-Jean-Talon, c’est une première étape, comme un tremplin qui pourrait servir à développer d’autres quartiers comme celui, adjacent, de l’hippodrome de Montréal.»

Mais, au-delà des logements et de leur accessibilité, il y a toute la question des services. Hormis le centre commercial, il n’y a qu’un seul dépanneur qui fait office d’épicerie dans le secteur. Pour s’asseoir à la terrasse d’un café, il n’y a pas non plus l’embarras du choix : l’unique se trouve sur la rue Jean-Talon Ouest, coincé entre un magasin de parquet et un vendeur d’urnes funéraires. Mais les résidants de l’avenue Mountain Sights ont beaucoup d’affection pour leur quartier. Chaque année, en juin, la rue est bloquée pour la corvée de nettoyage des ruelles. Et les cris des enfants atténuent le bruit de l’autoroute Décarie, située à quelques centaines de mètres.