Coup de théâtre à l’hôtel de ville

Coup de théâtre à l’hôtel de ville

Texte publié dans le journal étudiant de l’Université de Montréal, Quartier Libre, volume 17, numéro 13, 3 mars 2010, page 4.

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Chronique
La compagnie Tremblay présente:
Coup de théâtre à l’hôtel de ville

Acte I, scène 1 (devant l’hôtel de ville)
Froid glacial pour la représentation de ce soir. La tête d’affiche: l’UdeM et son acteur, pas si muet, le 1420, Mont-Royal Ouest.

Acte I, scène 2 (foyer de l’hôtel de ville)
Le public s’attroupe. Les plus téméraires s’inscrivent sur la liste pour donner la réplique aux acteurs de ce soir. Dans le lot, Pierre Labelle, porte-parole du Rassemblement pour la sauvegarde du 1420, Mont-Royal. Cet Outremontais me lance sa tirade: «C’est un affront pour la démocratie, alors qu’il existe un décret pour protéger la montagne!» L’interpréta tion est pleine d’émotion. La représentation risque d’être grandiose. Je jubile. D’autant plus que la générale n’a pu avoir lieu, étant donné que le dramaturge Gérald Tremblay a décidé de changer le scénario à la dernière minute.

Acte I, scène 3 (tribune des médias)
Je prends place au balcon avec mes confrères. 19 h, levée du rideau. Les acteurs sont sur scène, confortablement installés sur leur fauteuil de cuir vert, au milieu des boiseries. Côté jardin: les élus de la majorité. Côté cour: ceux de l’opposition. Le président du conseil municipal ouvre la séance. La traditionnelle minute de silence. Silence, on joue!

Acte II, scène 1 (salle du conseil)
La porte s’ouvre. Un citoyen monte sur les planches. Il déclame au micro un alexandrin.
Protégez donc le Mont // Bijou vert de renom

Pour la réponse, pas besoin de souffleur au maire Tremblay.
Ne vous inquiétez pas // On le fait pas à pas

Huées des spectateurs. Le jeu de l’acteur paraît faux. Il a dû rater quelques répétitions. Puis, Gérald Tremblay s’améliore. Un oeil en coulisse, il lance à la cantonade: «Le débat sur le 1420 dépendra du nouveau recteur de l’UdeM. On attend sa nomination avant d’agir.» L’intrigue se corse. Suspense!

Acte II, scène 2 (siège de l’exécutif de l’UdeM, sur la montagne, on scénarise la nomination du nouveau recteur)
Ams, tram, gram, pic et pic et colégram. Frémont. Ams, tram, gram, pic et pic et colégram. Renaud. Ce sera Breton. Personnage qui s’est déjà illustré dans la pièce précédente, J’ai défendu l’UdeM lors des consultations publiques pour la vente du couvent.

ENTRACTE

Acte III, scène 1 (salle du conseil, le lendemain matin)
Gérald Tremblay lit la lettre de consentement de Guy Breton. Place au débat houleux. Tous les acteurs veulent leur minute de gloire. L’opposition se déchaîne. Au milieu d’eux, Richard Bergeron, l’acteur au double rôle: chef de Projet Montréal, opposé à la vente, et membre du comité exécutif de la Ville. Cela le rend mal à l’aise. Votera-t-il pour ou contre? Le trac qui luit sur son front plissé le trahit: «Et si je me cachais derrière le rideau…», semble-t-il penser.

Acte III, scène 2 (dans le hall de l’hôtel de ville, au milieu des spectateurs)
Je croise des citoyens inquiets et je lis dans leur regard:
«L’UdeM veut-elle précipiter la vente pour débarrasser le nouveau recteur d’une patate chaude?»
«L’UdeM cherche-t-elle de l’argent pour financer son autre projet d’expansion, la gare de triage d’Outremont?»
«Le mont Royal est-il devenu le repère d’un programme d’invasion au nom de code Albatar?»

Acte III, scène 3 (salle du conseil, l’après-midi)
La mise en scène devient brouillonne. Les acteurs rentrent et sortent. Imbroglio. Ô rage! Ô désespoir! Le vote a finalement lieu. Des élus de la majorité manquent à l’appel. Ont-ils cru que c’était relâche? Le vote est bloqué. Liesse du côté de l’opposition. Consternation pour le parti de Tremblay. Ça va barder dans les loges.

Après la représentation, les critiques sont unanimes: bis! Prochaine représentation: lundi 22 mars, 19 h.