La rage du Grand Nord

La rage du Grand Nord

Texte publié dans le journal étudiant de l’Université de Montréal, Quartier Libre, volume 17, numéro 1, 26 août 2009, page 6.

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Stage en médecine vétérinaire au Nunavik
La rage du Grand Nord

Alors que le printemps se montrait le bout du nez à Montréal, Magaly Pépin mettait son manteau d’hiver, son écharpe et son bonnet de laine dans sa valise. Elle parle ici de son stage en médecine vétérinaire à Kuujjuaq, en terre inuite.

Magaly Pépin, une étudiante en médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, est partie en mai 2009 dans le Nunavik à la rencontre des Inuits et de la faune.

Habituée à disséquer des vaches et des chevaux en laboratoire universitaire, elle s’est vite retrouvée à analyser des carcasses de loups et de phoques sur le terrain, à la recherche de maladies parasitaires dangeureuses pour l’homme. «La chasse et la pêche sont très présentes dans le mode de vie des Inuits. Ils mangent beaucoup de viande crue ou fumée. Si les parasites ne sont pas tués, les risques de développer des problèmes intestinaux sévères sont élevés», explique-t-elle.

Installée dans un garage à l’entrée du village de Kuujjuaq, la stagiaire s’est aussi affairée durant toute une journée à vacciner des chiens contre la rage du renard arctique, qui se transmet à l’homme par une simple morsure. La population canine est très importante dans le Grand Nord et la rage représente un véritable danger pour les habitants. «La loi autorise deux chiens par maison et ils doivent être attachés s’ils sont à l’extérieur, mais ce n’est pas toujours respecté et il y a donc un nombre important de chiens errants», constate l’étudiante de 23 ans. Les dispositions préventives sont donc essentielles, quoique souvent difficiles à appliquer.

Au nord du 58e parallèle, il n’y a aucun vétérinaire en permanence. Des employés du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec font une tournée annuellement. Des habitants du coin sont aussi formés pour administrer des vaccins contre la rage. Pourtant, Magaly Pépin doute de l’efficacité d’une telle activité. «Le lien entre les Inuits et leurs chiens est moins fort maintenant et ils s’en occupent peu», dit-elle. Si ce «meilleur ami de l’homme» a déjà joué un rôle capital dans la vie traditionnelle des Inuits, comme moyen de déplacement, de chasse et de défense, l’étudiante constate tristement que cette relation a beaucoup changé.

Malgré tout, elle croit fermement au travail de sensibilisation qui doit être fait auprès des résidents du Grand Nord sur les problèmes liés à la rage. «Si on veut que la population embarque dans ce projet, il faut qu’ils comprennent les enjeux de cette maladie. L’éducation et la connaissance sont la base pour résoudre bien des problèmes. Mais il serait plus modeste de commencer par prendre le temps de les connaître, plutôt que d’arriver là-bas avec tous nos outils et croire qu’on va tout sauver.»

L’étudiante reconnaît qu’il a été plutôt difficile pour elle de s’intégrer à la communauté inuite, surtout dans un laps de temps aussi court que deux semaines. Les Blancs sont minoritaires, mais ils occupent la majorité des emplois dans les services sociaux et la santé. «Les Inuits ne prendront donc pas les devants pour vous accueillir», explique-t-elle. «On sent qu’ils ont perdu quelque chose. Même si je ne suis pas directement à l’origine de leurs problèmes, je suis restée avec un sentiment de culpabilité.»

Groupe international vétérinaire

Magaly Pépin a vécu cette expérience grâce au Groupe international vétérinaire (GIV). Depuis 2004, ce comité de la Faculté de médecine vétérinaire de l’UdeM organise des stages au Canada et à l’étranger. La docteure Cécile Aenishaenslin en est l’une des fondatrices. «Nous travaillons dans une optique de coopération internationale. Nous nous intéressons entre autres aux maladies animales transmises à l’homme», explique-telle. Près de 80% des maladies infectieuses chez les humain sont d’origine animale.

Dans le cadre de la journée mondiale de la rage, des activités auront lieu le samedi 26 septembre 2009 à la Faculté de médecine vétérinaire de l’UdeM: une clinique de vaccination pour animaux de compagnie, des kiosques sur la rage dans le monde, des conférences et des démonstrations cliniques de chirurgies et de soins intensifs. Les fonds ramassés seront versés aux projets du GIV, dont celui au Nunavik.

www.medvet.umontreal.ca