Village de résistances

Village de résistances

Texte publié dans le journal étudiant de l’Université de Montréal, Quartier Libre, volume 17, numéro 2, 9 septembre 2009, page 12.

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Chronique livre
Village de résistances

Dans le sud-ouest de Montréal, un quartier d’irréductibles Québécois combat l’envahisseur: le milieu politico-économique. Dans son ouvrage Et nous serions paresseux?, le militant anarchiste et ancien conseiller municipal Marcel Sévigny invite le lecteur à découvrir Pointe-Saint- Charles à travers ses récentes luttes populaires.

Pointe-Saint-Charles résiste depuis dix ans aux promoteurs immobiliers et à leurs projets de condos au bord du canal de Lachine. Marcel Sévigny, avec sa moustache d’Astérix, relate deux batailles récentes dans le quartier dans Et nous serions paresseux? paru aux éditions Écosociété. Il souligne que «résister c’est aussi pouvoir cheminer dans une phase positive, une phase de construction par soi-même, de création autonome, individuelle et collective».

L’auteur parle du café autogéré La Petite Gaule, qui a vu le jour en 2003 près du métro Charlevoix. Son équipe, composée de résidants militants et de travailleurs, a dû se battre pendant plusieurs années avant de pouvoir l’ouvrir, à cause du manque de financement public. Durant ses deux ans et demi d’existence, cet établissement a été un laboratoire d’expériences libertaires où avaient lieu des activités politiques, sociales et culturelles engagées. L’activiste Naomi Klein et les humoristes Les Zappartistes ont notamment honoré le café de leur présence.

Le deuxième combat dont parle Marcel Sévigny a lieu en 2005. Loto-Québec lance alors un projet récréotouristique impliquant le déménagement du casino dans ce quartier où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le livre nous plonge dans la lutte victorieuse menée par les militants durant neuf mois. Le lecteur a l’impression de vivre les évènements au jour le jour. La mobilisation citoyenne est bien illustrée quand l’auteur décrit le branle-bas de combat du 22 juin 2005. Le promoteur du casino convoque à 5h45 une conférence de presse pour 11h. En moins de six heures, les militants sont alertés et présents pour répondre aux questions des journalistes. On s’y croit.

Bilan de santé citoyen

Marcel Sévigny relate les embûches vécues. L’essoufflement des militants, les difficultés financières, la divergence d’opinions, ainsi que la frilosité du milieu communautaire face à certaines suggestions anarchistes.

La neutralité du discours est balayée pour laisser place à l’analyse fine et argumentée d’un homme d’expérience, ancien élu municipal, qui a été lui-même partie prenante de toutes ces résistances. La vision personnelle et manichéenne de l’auteur peut exaspérer quiconque fuit la caricature.

Si l’ouvrage se lit comme un parcours des luttes de Pointe-Saint-Charles, on retrouve aussi un discours théorique sur les conditions préalables à la création d’un quartier autogéré. Le lecteur peut être tenté de décrocher quand Marcel Sévigny parle du municipalisme libertaire, mais les étudiants en sciences politiques ou en sociologie trouveront matière à réflexion.

Alors que les luttes traitées dans Et nous serions paresseux? sont choses du passé, la création du Centre social autogéré ainsi que l’opposition au projet immobilier Nordelec prouvent qu’en 2009, l’histoire se répète. Pointe-Saint-Charles demeure un vivier d’initiatives et d’autonomie citoyennes.

Et nous serions paresseux? Résistance populaire et autogestion libertaire, Marcel Sévigny (préface de Normand Baillargeon), Écosociété, Montréal, 2009, 215 pages