Se former à l’école des simulations parlementaires

Se former à l’école des simulations parlementaires

Texte publié dans le mensuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Le 30, édition de juin 2009, pages 28 à 30.

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Se former à l’école des simulations parlementaires

L’espace d’une courte mais intense semaine, des étudiants en journalisme se mettent dans la peau des courriéristes parlementaires. Bloc-notes et stylo à la main, ils rédigent les articles pour le quotidien officiel. Grâce à cette expérience acquise hors des bancs d’école, ces futurs journalistes mesurent leur intérêt pour la couverture politique et acquièrent des compétences indispensables à la pratique du métier.

Pendant cinq jours, le microcosme politique est recréé dans le Salon bleu de l’Assemblée nationale du Québec. Des étudiants jouent aux députés et aux ministres. Les échanges peuvent être houleux. La tension est vive. Leurs collègues en journalisme se tiennent au balcon réservé aux médias. Dans la peau de courriéristes parlementaires, ils préparent les questions qu’ils poseront aux députés à la fin de la séance… s’ils arrivent à passer outre aux relationnnistes qui complètent le tableau! Bienvenue dans le monde des simulations parlementaires.

Le Parlement étudiant du Québec (PEQ) et le Parlement jeunesse du Québec (PJQ) recréent les travaux à l’Assemblée nationale, chacune avec une approche légèrement différente. Les participants du PEQ respectent la ligne de parti, alors que ceux du PJQ se prononcent librement sur les sujets discutés. «Le PEQ reproduit fidèlement la vie parlementaire en reprenant tous les rouages politiques», explique sa présidente, Julie-Maude Normandin. «Les ministres présentent les projets de loi en chambre, et les députés prennent la parole en commission parlementaire avant le vote final. Quant au contenu, il est d’actualité. Une loi a été votée sur le démantèlement des commissions scolaires, et les enjeux concernant les conjoints de fait et les couples mariés ont déjà été traités.»

Soutenir le rythme
Les futurs journalistes doivent composer avec des textes législatifs parfois obscurs. Caroline Chrétien se souvient d’avoir couvert la commission sur le budget au PEQ en 2008. «J’avais beau avoir suivi des cours d’économie, le document était bourré de termes d’initiés. Je n’y comprenais rien, mais je devais écrire un article qui risquait de se retrouver en une. J’ai pédalé et je me suis débrouillée. C’est très formateur, car dans la vraie vie, on couvre parfois des événements dans des domaines qui nous sont complètement inconnus.»

D’autant plus que le rythme est intense, comme l’explique Louis-Philibert Morissette, ancien rédacteur en chef au PEQ. «C’est épuisant, car les journées sont longues. Les journalistes écrivent jusqu’à tard dans la nuit et doivent s’adapter à ces contraintes.» Une opinion partagée par Caroline Chrétien. «C’est difficile, surtout quand la fatigue se met de la partie et qu’il faut suivre les débats en chambre. Dans nos cours d’atelier de presse écrite, on apprend à rédiger un texte de deux feuillets en une journée. Au PEQ, c’est trois ou quatre par jour! On constate vite si on est capable de suivre la cadence d’un quotidien.»

Ils font en outre face à la réalité du terrain. Les députés évitent les questions pièges, et les relationnistes font tout pour faire passer leur message. Julie-Maude Normandin raconte: «Les attachés politiques sont très motivés. Certains créent un point de presse, facilitent ou non les entrevues avec les députés. D’autres préparent même des pancartes électorales.» Jean-Hugues Roy, journaliste à la télévision de Radio-Canada, a mis sur pied le premier quotidien au sein du PJQ. «On voit comment les politiciens utilisent les journalistes», explique le chargé de cours à l’École des médias de l’UQAM. «Ils viennent les voir pour être cités dans le journal. À l’université, on n’a pas souvent l’occasion de vivre cette relation avec le pouvoir.»

Un savoir-faire transposable
Cette première expérience leur sert quand vient le temps de travailler pour un média professionnel. Caroline Chrétien a fait un stage, à l’été 2008, à La Tribune, à Sherbrooke. «En couvrant le congrès des jeunes libéraux, je me suis retrouvée dans une situation similaire. Je suis arrivée le soir avec une pile de documents à lire. J’ai assisté le lendemain à la plénière, j’ai pris part à des mêlées de presse et j’ai réalisé des entrevues. Mon patron m’avait mis de la pression, car j’allais faire la une. Être publiée dans un journal ne laisse pas de place à l’erreur, et avoir participé à des simulations m’a donné un bon coup de pouce.» Louis-Philibert Morissette a aussi côtoyé des politiciens en couvrant, pour Radio Nord, les élections provinciales de 2008. «Je ne me suis pas senti déboussolé lors des points de presse. Se sentir à l’aise est très important quand on débute en journalisme.»

Julie-Maude Normandin a participé sept fois au PEQ, tour à tour comme journaliste, relationniste, ministre et chef de parti. «Revenir est profitable, car on est mieux préparé et les articles sont de meilleure qualité. On comprend d’autant mieux les exigences du milieu. Si un vrai député nous dit que tel projet de loi est en discussion en commission parlementaire, on n’est pas surpris des délais avant sa mise en application.» Selon Caroline Chrétien, « on réalise à quel point les députés travaillent fort. Ça enlève un cynisme qui est assez développé à l’encontre des politiciens».

Par ailleurs, ces simulations créent des réseaux. «Je suis sortie du PEQ avec un carnet de contacts très intéressant», admet Julie-Maude Normandin, qui a travaillé à Trois-Rivières au Nouvelliste et à Sherbrooke pour Radio-Canada. «Certains anciens sont maintenant attachés politiques ou même députés. L’adéquiste Simon-Pierre Diamond a participé au PEQ, tout comme les péquistes Mathieu Traversy et Guillaume Tremblay. Ça facilite les contacts.»

Des patrons de presse reconnaissent la pertinence de ces expériences dans le curriculum vitæ d’un candidat. «Ce n’est pas un critère, mais ça constitue un atout», croit Raymond Tardif, rédacteur en chef du Soleil. «J’y porte une attention supplémentaire, tout comme un stage dans un autre pays. C’est sûr que j’aurais aimé avoir à mon époque ce genre d’opportunité bénéfique et formatrice. Les jeunes qui y prennent part ont une longueur d’avance sur les autres.»

Les inconvénients de la simulation
Cependant, Antoine Robitaille, correspondant au Devoir et président ex officio de la Tribune parlementaire à Québec, rappelle leur limite. «La vie politique n’est pas faite qu’au Parlement. Il y a aussi les caucus, les conseils généraux ou les congrès, sans oublier l’importance des sondages. Les simulations sont donc un bon complément à une politisation, mais un jeune devrait s’intéresser au contenu, au-delà des rouages de la politique.»

Par ailleurs, le fait que les lecteurs soient les députés, déjà bien au courant des enjeux, nuit au travail de vulgarisation. «L’aspect pédagogique d’expliquer en détail les points débattus est un peu occulté», explique Alexia Malarmey, qui a participé à une telle simulation. «Comme les personnes présentes connaissent les sujets, on fait des raccourcis.»

Malgré ces défauts, ces simulations offrent une transition intéressante entre les bancs d’école et la salle de nouvelles d’un média. Le journaliste Jean-Hugues Roy suggère même de pousser l’expérience un peu plus loin. «On pourrait intégrer une radio et une télévision parlementaires. Cela servirait autant les futurs journalistes que ceux qui se destinent à la politique. Car apprendre à parler devant les caméras ou un micro est une chose traumatisante au début.»

ENCADRÉ

Simuler l’Europe
Des étudiants deux deux côtés de l’Atlantique peuvent s’initier à la politique européenne. La Simulation du Parlement européen Canada – Québec – Europe (SPECQUE) apporte une dimension internationale à ces rencontres éducatives, ce qui favorise le mélange des idées et des cultures. Caroline Chrétien étudie en journalisme à L’UQAM. Cette Québécoise a déjà collaboré au journal PerSPECQUEtives. «Quelle ouverture au monde! Plus d’une centaine de personnes venant de Belgique, de France, d’Italie, et même d’Espagne y assistent. Et même si les sujets sont éloignés de notre quotidien, il demeure pertinent de s’y attarder, vu les rapprochements qui se font actuellement entre l’Union Européenne et le Québec ».

Arthur Lacomme est étudiant en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal et a participé à la SPECQUE en 2008.

Pour plus d’information :
Parlement étudiant du Québec
Parlement jeunesse du Québec
Simulation du Parlement européen Canada – Québec – Europe